Amnésie infantile

Dictionnaire de neuropsychanalyse

Extrait de “Dictionnaire de neuropsychanalyse" de Serafino Malaguarnera, 12 octobre 2016, pp. 22-24.

Amnésie infantile                                                                          

Allemand : Infantile Amnesie — Anglais : Infantile amnesia.

L’amnésie infantile est l’amnésie concernant les souvenirs des premières années de vie qui, selon Freud (1916-1917), est provoquée par le refoulement et non pas par une incapacité ou une immaturation fonctionnelle. Freud introduit ce concept dans Psychopathologie de la vie quotidienne (1901).

                                                                                                                                            ★

Le concept d’amnésie infantile est admis par la plupart des auteurs bien que la notion de refoulement ne soit pas invoquée (Eustache, 1996). Selon une approche neuropsychologique, l’amnésie infantile serait liée à un processus de maturation cérébrale. Entre 0 et 2 ans, la partie frontale du cerveau, où se situe la mémoire épisodique qui permet de conserver les souvenirs et de faire les liens avec le passé, semble ne pas encore fonctionner, car elle est en voie de développement et atteint sa pleine maturation à l’adolescence. Alan Baddeley (1993) propose quatre hypothèses qui pourraient expliquer l’amnésie infantile, notamment l’immaturité du cerveau, l’absence de langage empêchant l’inscription du souvenir dans la mémoire sémantique, la dépendance contextuelle et le refoulement. Francis Eustache (Eustache et coll., 1996) souligne la difficulté, voire l’impossibilité, à choisir entre ces différentes possibilités, d’autant plus qu’un rapprochement entre dépendance contextuelle et refoulement est proposable.

L’élagage synaptique (1) est également invoqué pour invalider la théorie psychanalytique de l’amnésie infantile. Plusieurs connexions synaptiques qui se sont construites pendant la première enfance ne sont plus d’actualité au fur et à mesure que l’enfant grandit. Ces connexions synaptiques ne sont donc plus utilisées et, selon le mécanisme d’élagage synaptique, elles sont détruites. Mark Solms et Oliver Turnbull (2002) proposent deux arguments qui rendent cette explication peu convaincante. Les traces mnésiques qui survivent à l’élagage synaptique continuent à être activées sans l’apport de la conscience, car elles font partie des processus mnésiques de la mémoire implicite et elles forment la base à partir de laquelle va se greffer toute une série de souvenirs et expériences. Le deuxième argument est lié à la loi de Ribot qui stipule que les souvenirs les plus stables sont les plus anciens. Si on avance une explication de l’amnésie infantile, il faut également expliquer ce qui rend caduque la loi de Ribot. La psychanalyse satisfait ces conditions, car elle confirme que les souvenirs plus anciens sont les plus stables, notamment les souvenirs de la première enfance, et qu’il y a un mécanisme particulier (le refoulement) qui provoque l’oubli.

L’amnésie infantile a été reliée aux travaux sur les différents modes de traitement des informations propres à chaque hémisphère cérébral, à savoir les modes de traitement digital et analogique (2). Le cerveau fonctionne en mode analogique pendant les premières années de la vie. Seulement vers 3-4 ans, le cerveau commence à fonctionner en mode digital. Ainsi, l’amnésie infantile ne serait pas uniquement une conséquence d’un défaut de maturation de la partie frontale du cerveau où se trouve la mémoire épisodique, mais serait également un défaut de traduction analogique/digital. Cette hypothèse pourrait rejoindre (Pirlot, 2007) celle de Freud lorsqu’il explique l’amnésie infantile par le refoulement comme un défaut de traduction  (lettre à Fliess du 6 décembre 1996).

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▲ 1. Voir : Élagage synaptique

2. Les notions de traitement analogique et traitement cognitif ont été développées par J.-P. Tassin. Voir : Traitement analogique, traitement cognitif

Bibliographie :

Baddeley A. (1993), La mémoire humaine. Théorie et pratique, Presse Universitaire de Grenoble.

Eustache F., Lechevalier B., Viader F. (1996), La Mémoire : Neuropsychologie clinique et modèles cognitifs, De Boeck.       

Freud S. (1901), Psychopathologie de la vie quotidienne, traduit par S. Jankélévitch, Payot, 1977.                                                                                                                                             

Freud S. (1916-1917), La thérapeutique analytique, Introduction à la psychanalyse, Paris, Payot, 1975, pp. 436-441 (p. 431).                                                                                                 

Pirlot G. (2007), La pensée neurophysiologique de S. Freud peut-elle aider au dialogue entre psychanalyse et neurosciences ?, Revue française de psychanalyse 2/2007 (Vol. 71), p. 479-500.                                                                                                                                      

Laplanche J., Pontalis J.-B. (1967), Vocabulaire de la psychanalyse, PUF.                                            

Solms M., Turnbull O. (2002), Le cerveau et le monde interne, PUF, 2015.

Compléments :

Mémoire épisodique, Refoulement, Tassin Jean-Pol

 

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