Un regard neuropsychanalytique sur le Ça (Subst.), une des trois instances de la deuxième topique de l’appareil psychique freudien.

Dictionnaire de neuropsychanalyse                                                                                       Es

Extrait de “Dictionnaire de neuropsychanalyse" de Serafino Malaguarnera, 12 octobre 2016, pp. 69-72.

Ça (Subst.) ou l’Es, une des trois instances de la deuxième topique de l’appareil psychique freudien.                                                                        

Allemand : Es — Anglais : Id.

Le Ça (1), ou l’Es, est une des trois instances de la deuxième topique de l’appareil psychique (2) qui recouvre en partie l’instance Inconscient  de la première topique (Freud, 1923). Freud conçoit le Ça comme un réservoir premier de l’énergie psychique (point de vue économique) et comme une instance psychique à partir de laquelle se différencient le Moi et le Surmoi, avec lesquels le Ça entre en conflit (point de vue dynamique). Le Moi  est une partie du Ça  qui a été modifié par la médiation du système Perception-Conscience (Pc-Cs) et qui est sous l’influence de l’environnement. Le conflit psychique n’est plus entre une instance consciente et une inconsciente, car le Moi est aussi en partie inconscient, mais entre le Moi et les motions pulsionnelles. Dans la première topique, l’instance Inconscient  était générée par le refoulement, par contre, dans cette deuxième topique, c’est le Ça qui génère les autres instances. Cette instance, qui apparaît donc avant les autres, plonge ses racines dans un substrat biologique, et ses contenus et ses expressions psychiques des pulsions sont en partie héréditaires. Ces caractéristiques du Ça rendent possible une interprétation biologisante  ou naturalisante de la deuxième topique.                                                                             

                                                                                                                                                            ★                                                  

Mark Solms et Kaplan Solms (2000) proposent une localisation cérébrale du Ça. Les structures grises vitales qui entourent le quatrième ventricule (3) seraient le centre névralgique du Ça et étendraient leur influence à travers le système réticulaire ascendant activateur (SRAA). Les noyaux des structures grises peuvent être subdivisés en deux groupes : les noyaux ou centres segmentaires et les noyaux ou centres supra-segmentaires. Ce sont des noyaux gris plus volumineux qui constituent des relais sur les voies motrices extra-pyramidales et des relais sensitifs ou sensoriels. Parmi ces noyaux, il y a la formation réticulée, réseau dense de cellules nerveuses, qui s’étend le long du tronc cérébral, plus précisément du bulbe rachidien à l’hypothalamus. On y trouve un système réticulaire ascendant activateur, car il mettrait le cortex cérébral en état de veille ou d’alerte, et un système réticulaire descendant dont une partie serait inhibitrice et l’autre activatrice de la motricité involontaire ayant un rôle important dans le contrôle du tonus musculaire. Le siège du Ça — les structures grises vitales qui entourent le quatrième ventricule — étend son influence à travers le système réticulaire ascendant activateur lequel est influencé par les régions corticales postérieures et les régions corticales antérieures. Premièrement, il est influencé par les informations provenant des régions corticales postérieures qui reçoivent une valeur de priorité par les désirs et les dangers biologiques. Deuxièmement, le système réticulaire ascendant activateur est influencé par des programmes finalisés vers un but élaboré au moyen de l’outil linguistique des régions corticales antérieures qui contrôlent et fait un monitorage continu du cortex postérieur. Autrement dit, la constatation que le Ça accède facilement aux strates corticales postérieures contrôlées par les régions corticales signifie, en termes psychanalytiques, que le Ça influence la réalité et il est également influencé indirectement par la médiation du Moi qui s’est développé, dans les strates corticales extérieures, à partir du Ça grâce à l’expérience. Nous retrouvons ainsi une des caractéristiques du Ça décrite par Freud, notamment que le Ça est une instance psychique à partir de laquelle se différencient le Moi et le Surmoi.                                                                                                                                

Selon Mark Solms, cette caractéristique du Ça d’être en contact direct avec le monde extérieur, bien qu’il ait son siège dans les parties plus profondes de l’esprit, est également en concordance avec les données neuroscientifiques. En effet, le Ça est en contact direct avec le monde extérieur grâce à trois zones importantes, car les structures viscérales émergent au niveau cutané des orifices muqueux de la bouche, de l’anus et des génitaux. Les zones érogènes décrites par la théorie classique de la libido pourraient correspondre au siège de ces trois orifices, que Mark Solms et Jaak Panksepp décrivent avec précaution comme des organes sensori-moteurs du Ça. Ces auteurs poussent leur raisonnement aussi loin que leur ait permis dans leur domaine de recherche et disent que si le Moi contrôle les organes moteurs et sensoriels à la périphérie du corps, le Ça domine les organes vitaux de l’intérieur du corps, parmi lesquelles il faut inclure les organes intérieurs viscéraux et reproductifs. En s’appuyant sur les connaissances issues de la biologie, ces auteurs n’hésitent pas à soutenir l’idée que le noyau du Ça se structure autour du système reproductif. Cependant, cette dernière conclusion demande des recherches approfondies dans le domaine des relations fonctionnelles entre les viscères et la périphérie somatique.                                                                                                                                       

Dans un cadre neuropsychanalytique, Mark Solms et Jaak Panksepp (2012) soutiennent une vision neuro-psycho-évolutionniste de la formation de l’esprit reliée avec le modèle psychanalytique classique qui postule que le Moi — fonction cognitive plus haute — se forme à partir du Ça, siège des expériences affectives. En s’appuyant sur une quantité abondante de données issues de la neuro-évolution, ces chercheurs montrent que la conscience n’est pas une fonction cérébrale plus haute, car l’essentiel de sa nature est d’être une forme fondamentale d’expérience phénoménale, forme que l’animal possède aussi. Si on tient compte de la concentration de fonctions cérébrales concernant les récompenses  et punitions dans différentes régions sous-corticales du tronc cérébral, il est difficile d’un point de vue évolutionniste exclure les animaux du cercle des êtres vivants qui vivent des états de conscience. Initialement, ce sont les expériences perceptives affectives, dont l’individu a conscience et qui se produisent au niveau du tronc cérébral, qui fournissent l’énergie pour la construction des formes plus haute de la conscience cognitive. En d’autres termes, c’est à partir des réseaux sub-neocorticaux que se construisent les processus cognitifs plus haut au niveau du néocortex. Ce point de vue est en concordance avec les deux caractéristiques essentielles du Ça décrites par Freud, notamment le Ça comme un réservoir premier de l’énergie psychique et comme une instance psychique à partir de laquelle se différencient le Moi et le Surmoi. Cette différenciation peut se réaliser parce que le Ça serait sous l’influence de l’environnement par la médiation du système Perception-Conscience (Pc-Cs), et serait donc en contact avec le monde extérieur.

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▲ 1. Freud emprunte ce terme à George Groddeck, un médecin allemand qui s’est intéressé à la psychanalyse. À propos du Ça, Groddeck écrit dans son ouvrage le livre du Ça : « Je soutiens que l’homme est animé par l’Inconnu, une force merveilleuse qui dirige à la fois ce qu’il fait et ce qui lui advient. La proposition “je vis” n’est que conditionnellement correcte, elle n’exprime qu’une part étroite et superficielle du principe fondamental : “L’homme est vécu par le Ça” ». Freud cite aussi l’emploi du terme par Nietzsche selon lequel le Ça est ce qu’il y a de non-personnel et de nécessaire par nature dans notre être.                                                                                                                            

2. Voir : Appareil psychique                                                                                                                         

3. Voir : Quatrième ventricule

Bibliographie :                                                                                                                                                  

Freud S. (1923), Le moi et le ça, in : Œuvres complètes, XVI, Presses Universitaires de France, 1991.                                                                                                                                                        

Groddeck G. (1923), Le livre du ça, Gallimard, 1976.                                                                         

Kaplan-Solms K., Solms M. (2000), Clinical Studies in Neuro-Psychoanalysis, Karnac Books.                                                                                                                                                                             

Laplanche J., Pontalis J.-B. (1967), Vocabulaire de la psychanalyse,  PUF.                    

Malaguarnera S., Dictionnaire de psychologie et psychanalyse en ligne, http://malaguarnera-psy.wifeo.com/dictionnaire.php.                                                                    

Solms M., Panksepp J. (2012), The “Id” Knows More than the “Ego” Admits: Neuropsychoanalytic and Primal Consciousness Perspectives on the Interface Between Affective and Cognitive Neuroscience, Brain Sci., 2012, 2, 147-175.

Compléments :                                                                                                                                                   

Appareil psychique, Conflit psychique, Économique, formation réticulée, Instance, Moi, Perception-conscience, Quatrième ventricule, Système Réticulé Activateur Ascendant (SRAA), Topique, Tronc cérébral

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