Histoire de la Neuropsychanalyse

Extrait de “Dictionnaire de neuropsychanalyse" de Serafino Malaguarnera, 12 octobre 2016, pp. 315-321.

Eric Stremler et Pierre-Henri Castel (Stremler, 2006 ; Stremler et Castel, 2009) proposent trois étapes concernant l’histoire de la naissance de la neuropsychanalyse :
1) de 1979 à 1990. La psychiatrie américaine et la psychanalyse traversent une période de crise, tandis que les neurosciences gagnent de plus en plus l’estime des chercheurs. En 1983, Morton Reiser prononce un discours à la conférence annuelle où la possibilité d’un rapprochement entre la psychanalyse et les neurosciences est évoquée pour la première fois aux États-Unis. En 1986, Mark Solms publie un article qui expose son projet de réunir les neurosciences et la psychanalyse.
2) de 1990 à 1998. En 1990, Arnold Pfeffer  fonde le Psychoanalysis Neuroscience Study Group  (groupe d’étude sur la psychanalyse et neurosciences) qui se tient à la New York Psychoanalytic Institute (NYPI), ayant comme objectif le développement des recherches interdisciplinaires concernant la psychanalyse et les neurosciences. Arnold Pfeffer  invite le neurophysiologiste James Schwartz pour organiser des séminaires de mise à jour sur les progrès des neurosciences pour des psychanalystes. En 1992, Mark Solms rencontre ce groupe d’études des neurosciences et de la psychanalyse. De cette rencontre naît un projet en commun.  En 1995, Mark Solms publie un article qui expose le compte rendu de son travail de thèse sur le rêve.  À cette année, il y a la célébration du centenaire de l’Entwurf à New York organisé par Robert M. Bilder qui donne lieu à une rencontre entre environ cent cinquante psychanalystes, neurobiologistes, psychiatres et philosophes sur un thème freudien. En 1998, le Psychoanalysis Neuroscience Study Group (1) se constitue en un centre — l’ Arnold Pfeffer Center for Neuro-Psychoanalysis — qui propose des conférences mensuelles tenues par des neuroscientifiques ayant une certaine notoriété. En 1998, le futur prix Nobel de médecine Erik Kandel publie un article qui prône l’unité entre la psychanalyse et la psychiatrie biologique. En outre, il affirme que la psychanalyse offre probablement le champ le plus intéressant pour les recherches neuroscientifiques futures. Cet article devient une référence du mouvement de la neuropsychanalyse. En 1998, lorsqu’il se trouve avec Edward Nersessian à la maison d’Arnold Pfeffer, le terme de neuropsychanalyse (2) est proposé lors d’une réunion au domicile new-yorkais de Pfeffer avec Mark Solms, Martin Azarian et Nersessian. Le choix de ce terme se fait en référence à la neuropsychologie et apparaît au départ pour donner un nom à une nouvelle revue. Le mot neuropsychanalyse n’implique pas l’idée que les deux disciplines auxquelles il fait référence, les neurosciences et la psychanalyse, sont en principe susceptibles de se réunir, car elles sont deux disciplines intrinsèquement différentes. Au départ, le mot  neuropsychanalyse  était écrit avec un trait d’union (neuro-psychanalyse) pour souligner que les deux disciplines sont séparées et ne peuvent pas être fusionnées. Ensuite, le trait d’union a été enlevé, mais les raisons de son existence initiale restent toujours pertinentes (Yovell, Solms, Fotopoulou, 2015).                                   
À partir des années nonante, il y a des changements qui diminuent la mutuelle méfiance entre les neurosciences et la psychanalyse et qui favorisent l’essor de la neuropsychanalyse. La survie de la psychanalyse était menacée par les progrès des neurosciences et par la prolifération des théories psychanalytiques, souvent incompatibles entre elles, qui a miné la confiance du public envers la psychanalyse. Du côté de la psychologie, on assiste au déclin du béhaviorisme et à la naissance de la révolution cognitive dans les domaines de la motivation et des émotions. Du côté des neurosciences, les progrès en imagerie cérébrale et en neurobiologie moléculaire donnent lieu à une extension des recherches à tous les aspects du fonctionnement psychique. Ainsi, le déclin de la psychanalyse amène les psychanalystes à s’ouvrir aux neurosciences, et les progrès de celles-ci montrent une telle complexité du fonctionnement psychique qui rend les neuroscientifiques moins réticents envers les données issues de la psychanalyse (Solms et Turnbull, 2002).
3) de 1999 à 2004. En 1999, Kandel publie la deuxième partie de son article où il affirme que la psychanalyse offre probablement le champ le plus intéressant pour les recherches neuroscientifiques futures. On assiste à la naissance officielle de la neuropsychanalyse — qui s’organise en société de neuropsychanalyse en 2000 — et à sa diffusion internationale. James Schwartz devient premier Président Honoraire de l’International Neuro-Psychoanalysis Society (INPS) fondée en juillet 2000. Parmi les psychanalystes, on peut citer les noms de Peter Fonagy, André Green, Ilse Grubrich-Simitis, Otto Kernberg, Arnold Modell, Mortimer Ostow, Daniel Widlöcher, et, parmi les spécialistes en neurosciences, Antonio Damasio, Eric R. Kandel, Jaak Panksepp, Karl Pribram, V. S. Ramachandran, Oliver Sacks.                                                                                 
Au départ, la neuropsychanalyse se développe sur le terrain de certains troubles psychiques profonds et complexes, essentiellement des cérébrolésés. Ensuite, elle élargit progressivement son domaine clinique à d’autres tableaux clinique (Ouss-Ryngaert, 2009 ; Stora, 2006) et son domaine de recherche au fonctionnement cérébral en général s’intéressant aux différentes fonctions mentales. Ainsi, la neuropsychanalyse s’occupe également des représentations mentales et du langage, des liens entre conscient et inconscient, les relations entre la mémoire neuronale et des concepts psychanalytiques comme la remémoration, la répétition et l’élaboration. Plusieurs groupes de neuropsychanalyse, qui s’élèvent à plus de vingt, se sont implantés dans toutes les grandes capitales du monde. Malgré cette ouverture, le dialogue et la collaboration entre la psychanalyse et les neurosciences menés par la neuropsychanalyse restent difficiles. Le nombre de psychanalystes ainsi que de neurobiologistes disposés à accorder une confiance réciproque reste encore modeste dans le paysage international.
________________
1. Voir : Psychoanalysis Neuroscience Study Group                                                                    
2. Le terme apparaît pour la première fois comme adjectif dans un ouvrage de Romana Negri, professeur de neuropsychiatrie à l’Université de Milan, intitulé : The Newborn in hte Intensive Care Unit. A neuropsychoanalyticc prevention model,  karnac book, 1994.

Bibliographie :                                                                                                                                                    
Ouss-Ryngaert L. (2009), La neuropsychanalyse en question, in : Georgieff N., Golse B., Ouss L., Widlöcher D. (sous dir.), Vers une neuropsychanalyse ?, Odile Jacob.                              
Solms M., Saling M. (1986), On psychoanalysis and neuroscience : Freud’s attitude to the localizationist tradition, Int. J. Psycho-Anal, 67, p. 397-416.
Solms M. (1995), New findings on the neurological organization of dreaming : Implications for psychoanalysis, The Psychoanalytic Quartely, 64, p. 397-416.
Solms M., Turnbull O. (2002), Le cerveau et le monde interne, PUF, 2015.
Stremler E., Histoire de la neuropsychanalyse, mémoire de master en histoire et philosophie des sciences, université Paris-I-Panthéon-Sorbonne/IHPST/École normale supérieure, Paris, 2006.
Stremler E., Castel. P-H. (2009), Les débuts de la neuropsychanalyse, in : Georgieff N., Golse B., Ouss L. et Widlöcher D. (sous dir.), Vers une neuropsychanalyse ?, Odile Jacob, 2009.                                                                                                            
Stora J.-B. (2006), La Neuropsychanalyse, Que sais-je ? Puf.                                                        
Yovell Y., Solms M., Fotopoulou A. (2015), The Case for Neuropsychoanalysis. Why a dialogue with neuroscience is necessary but not sufficient for psychoanalysis,  Int J. Psychoanal., Dec. 2015.

Compléments :                                                                                                                                                  
Kandel Erik R., Mortimer Ostow, Pfeffer Arnold, Reiser Morton, Schwartz James

 

referencement payant - yes messenger - Visiting the Congo - amour fr tchat
epaviste lyon - horloge des églises 12 - cuisine africaine - societe demenagement paris

Ajouter un commentaire