L'amygdale

Amygdale dictionnaire neuropsychanalyse                                             

 

Extrait de “Dictionnaire de neuropsychanalyse" de Serafino Malaguarnera, 12 octobre 2016, pp. 26-29.

Amygdale                                                                                         

Anglais : Amygdala

L’Amygdale (1) est une structure du cerveau faisant partie du système limbique,  située dans la région antéro-inférieure du lobe temporal. Elle se subdivise en deux parties : la partie cortico-médiale comprenant les noyaux central, médian et cortical ; la partie baso-latérale comprenant les noyaux latéral, basal, basal accessoire et central.

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L’amygdale présente une quantité élevée de connexions avec plusieurs structures cérébrales. Il existe quatre groupes d’afférences principales : le bulbe olfactif et l’aire olfactive du cortex cérébral, l’hypothalamus, le tronc cérébral et le cortex préfrontal. L’amygdale est également connectée à d’autres aires du système limbique, notamment l’hippocampe, les noyaux septaux, l’aire préoptique de l’hypothalamus, les centres autonomes bulbaires et le thalamus dorsal.                                                                                                                          

Cette partie du cerveau établit constamment des rapports et déclenche plusieurs réactions adaptatives qui impliquent d’autres parties du cerveau avec lesquelles l’amygdale a des connexions. Ces réactions sont communiquées par l’intermédiaire des voies nerveuses et du circuit hormonal. Plus particulièrement, l’amygdale :

  • est responsable des modifications du tonus nerveux général, comme les changements d’état d’âme (euphorie ou tristesse) ;
  • déclenche les réactions du système endocrinien, notamment la sécrétion d’adrénaline, ou d’autres hormones, comme la testostérone ;
  • est responsable des réactions du système nerveux végétatif, notamment la modification de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque ;
  • déclenche certaines réponses comportementales exprimant notre état émotionnel, dont certaines réponses passent inaperçues, mais elles sont bien présentes d’une manière continue dans nos comportements.                                  

L’amygdale est responsable du contrôle des émotions et de l’interprétation des émotions d’autrui, et est impliquée en particulier dans la peur et l’agression. Elle est directement responsable de l’amplification de la perception et de la mémoire de stimulus ayant une charge émotionnelle importante (Cahill et coll., 1995 ; Adolphs et coll., 1997 ; Anderson et Phelps, 2001).   La partie basolatérale de l’amygdale est celle qui est particulièrement impliquée dans la transduction des stimuli perceptifs en émotion. Les neurones de cette partie de l’amygdale sont reliés avec le noyau central, une autre partie de l’amygdale, qui est connecté avec des régions du cerveau impliquées dans le contrôle du système neurovégétatif. Lorsque le cerveau reçoit un stimulus effrayant, il est analysé par l’amygdale à travers laquelle il subit une transduction en une émotion de peur et, ensuite, il active le système neurovégétatif qui modifie l’état somatique. Une autre partie de l’amygdale, notamment le noyau corticomédian, peut également provoquer des modifications de l’état somatique à travers le système hormonal. Ce noyau corticomédian est relié à l’hypothalamus et est impliqué dans le contrôle de la sécrétion hormonale. Ensuite, les modifications de l’état du corps provoquées par le système neurovégétatif ou hormonal sont détectées par la région insulaire qui transmet les informations au cortex préfrontal, médian et latéral à travers les projections des circuits intéroceptifs (Ansermet et Magistretti, 2010).

Les sujets en état de dépression, de phobie sociale, de stress post-traumatique et anxieux présentent une activation de l’amygdale excessive.

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Joseph LeDoux a découvert les différents mécanismes de la peur impliquant l’amygdale. Les composants des circuits de la peur comprennent une voie courte (activité sensorielle – thalamus – Amygdale – Réponse) et une voie longue (activité sensorielle – Thalamus – Cortex cérébral – Hippocampe/Amygdale – Réponse). C’est le cortex qui contrôle l’activité sensorielle en maintenant ou freinant l’effet de l’amygdale sur les structures cérébrales responsables de l’expression physiologique de la peur. Joseph LeDoux (1994) explique l’action de ce circuit en proposant l’exemple d’un serpent vu par un promeneur qui marche dans les bois et voit une branche qui ressemble à une vipère. La voie courte active une réponse immédiate de peur sans impliquer la conscience, car l’information va de l’amygdale à la substance grise périaqueducale (SGP) sans passer par le cortex. Par la voie longue, l’information arrive au cortex visuel (lobes occipitaux) et ensuite au cortex sémantique (lobes temporaux). Le cortex visuel renforce l’effet amygdalien, en maintenant la peur, si l’information concernant la présence d’un serpent est confirmée. Dans le cas inverse (qu’il s’agit d’une branche), l’action amygdalienne est freinée et les réactions corporelles d’alarme s’estompent.

Les deux circuits différents proposés par Joseph LeDoux montrent qu’il y a un circuit, nommé voie courte, qui ne passe pas par le cortex cérébral et qui serait donc un circuit non-conscient, inconscient. La voie courte, autrement dit le circuit inconscient, et la voie longue, autrement dit le circuit conscient, fonctionnent en même temps, mais la première voie est certainement la plus rapide. L’amygdale est également, comme l’hippocampe, un lieu de stockage d’information. Cependant, les souvenirs conservés par l’hippocampe sont conscients alors que ceux qui sont conservés par l’amygdale sont des souvenirs inconscients. Certains de ces souvenirs inconscients peuvent déclencher des réactions corporelles et des peurs irrationnelles sans activer des souvenirs conscients qui pourraient les associer à un événement particulier. Le déclenchement de cette peur à partir des souvenirs inconscients déposés dans l’amygdale peut aboutir à une attaque de panique alors que le déclenchement d’une phobie nécessite l’apport des souvenirs conscients et, donc, du cortex cérébral.                                                                                                        

Joseph LeDoux a également déterminé l’impact du stress dans la conservation des souvenirs. Plus particulièrement, il a montré que les événements stressants favorisent la conservation de souvenirs inconscients en libérant les hormones et les neurotransmetteurs qui excitent l’amygdale et fragilisent la conservation des souvenirs conscients (LeDoux, 1998).  Joseph LeDoux (1998) a également montré que les troubles anxieux seraient dus à l’activation pathologique du circuit court.                                   

La voie courte offre une explication neurologique aux états d’anxiété de patients qui n’arrivent pas à donner une explication à leur état et que la psychanalyse explique comme l’effet de refoulement d’expériences passées ou d’autres formes d’associations inconscientes (Solms et Turnbull, 2002).         Selon François Ansermet et Pierre Magistretti (2004), l’amygdale recouvre un rôle central dans la constitution du scénario fantasmatique (2).

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▲ 1. Du latin amygdala qui signifie « amende », cette partie du cerveau est appelée ainsi parce qu’elle a la taille et l’aspect d’une amende.                                                                        

2. Voir : Fantasme

Bibliographie :                                                                                                                                                  

Ansermet F., Magistretti P. (2004), À chacun son cerveau. Plasticité neuronale et inconscient, Odile Jacob.                                                                                                                                         

Ansermet F., Magistretti P. (2010), Les énigmes du plaisir, Odile Jacob.                                  

Adolphs R.L., Cahill R., Schul R., Babinsky R. (1997), Impaired declarative memory for emotional stimuli following bilateral amygdala damage in humans, Learning Memory, 4, 291-300.                                                                                                                                                                                  

Anderson A., Phelps E. (2001), Lesions of the human amygdala impair enhanced perception of emotionally salient events, Nature, 411, 305-309.                                               

Cahill L., Babinsky R., Markowitsch H., Mccaugh J.L. (1995), The amygdala and emotional memory, Nature, 377, 295-296.                                                                                                              

LeDoux J. (1994), Émotion, mémoire et cerveau, Pour La Science, 202 : 50-57.                          

LeDoux J. (1998), The emotional brain, Weidenfeld & Nicolson, London.                         

Solms M., Turnbull O. (2002), Le cerveau et le monde interne, PUF, 2015.

Compléments :                                                                                                                                                 

 Hippocampe, Limbique (Système), Substance grise périaqueducale (SGP), Thalamus

Dictionnaire de neuropsychanalyse

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